Panorama de marché

Au-delà du riz

Ce que la Thaïlande exporte vraiment, et où les économies sont meilleures

Préparé par : Mathieu
Date : Juillet 2026
Objet : Élargissement de l’analyse au-delà du riz

1. Le verdict


La Thaïlande était le 8ᵉ exportateur mondial de produits agricoles et alimentaires en 2024 : 50,9 milliards de dollars, en hausse de 4 %. La croissance est venue du caoutchouc, de la volaille, des produits de la mer et des fruits.

Le riz et le sucre, les deux commodités classiques, ont reculé en valeur. Ce seul fait cadre tout le reste : le moteur thaï tire désormais sur le transformé, le conditionné et la marque — c’est-à-dire précisément là où les marges ne sont pas de quelques dollars la tonne.

Ce qui bat le riz sur les chiffres

La nourriture pour animaux — marge brute de 28,5 % chez Thai Union en 2024, un record ; demande acyclique ; cinq fois la valeur du riz par conteneur.

Le thon en conserve — la Thaïlande est n°1 mondial avec environ 35 % du marché, et c’est l’origine la moins chère (4 780 USD/t contre 5 360 pour le Vietnam et 6 040 pour l’Équateur). Durée de conservation illimitée, pas de chaîne du froid, Halal. Les ventes ont bondi de 45 % vers l’Afrique et 42 % vers le Moyen-Orient en 2024.

À distinguer de la sardine et du maquereau, où la Thaïlande n’a pas de pêcherie et ne peut pas concurrencer le Maroc. Voir plus bas.

Les sauces, pâtes de curry, lait de coco — marges brutes de 19 à 30 %, demande stable, produits stables en température.

Ce qui ressemble à une opportunité mais n’en est pas

Le durian frais — 97 % dépendant de la Chine, souvent avec l’acheteur chinois propriétaire du verger. En janvier 2025, une centaine de conteneurs (environ 5 millions de bahts pièce) ont été refusés pour un colorant non testé. Le prix d’achat est passé de 230 à 110 bahts le kilo en une saison.

Le manioc et l’amidon de tapioca — plus de 90 % des exports vers la Chine, qui bascule sur le maïs. Acheteur captif, marge mince (la matière première fait 75 % du coût).

La crevette — onze ans de problème sanitaire, production en chute, structurellement battue par l’Équateur et l’Inde.

2. Le paysage des exports


CatégorieValeur 2024CroissanceDestinationsStructure
Fruits (frais, congelés, séchés)6,51 Md USD+27 % (frais)Chine (75–97 % du durian)Producteurs fragmentés ; durian capturé par les acheteurs chinois
Riz~6,7 Md USD (9,95 Mt)+13 % en volume (record 6 ans)Indonésie, Irak, É.-U., Afrique du SudFragmenté, ~200 exportateurs, preneurs de prix
Volaille~4,45 Md USD+5,7 %Japon, Royaume-Uni (>64 %)Intégrateurs (CP, Betagro, GFPT)
Poisson transformé3,8 Md USD (833 000 t)+10,7 % val., +19,7 % vol.É.-U., Japon, Libye, ÉgypteConsolidé
Thon en conserve2,5 Md USD (579 478 t)+20 % val., +30 % vol.É.-U., Japon, Libye, Égypte, GolfeThai Union (n°1 mondial), Sea Value, Pataya
Sucre3,71 Md USDEn reculIndonésie, Philippines, CoréeConcentré (Mitr Phol)
Nourriture animale2,67 Md USD+29 %É.-U. (32 %), Japon, AustralieThai Union / i-Tail, plus de l’OEM
Manioc / tapioca1,61 Md USD (amidon)+8,9 %Chine (63 %)Capturé par la Chine
Crevette~1,2 Md USD−6 %Japon, É.-U., ChineEn déclin, frappé par la maladie
Sauces, condiments990 M USD (446 000 t)+3,2 %É.-U., Cambodge, AustralieMarques + fabrication à façon
Lait de coco341 M USD (10 mois)+16,9 %É.-U. (69 %)Marques + marque distributeur
Halal (vers les pays de l’OCI)7,13 Md USD+6,3 %Indonésie, Malaisie, Irak, Émirats, Arabie saouditeTransversal : riz, thon, sucre, nourriture animale

Sources : USDA FAS, Bureau de la politique commerciale thaïlandais (TPSO), Département du commerce extérieur, associations professionnelles. Chiffres 2024.

3. Les économies comparées au riz


Le tableau qui compte. Le riz sert de référence.

ProduitPrix FOB / tonneValeur par conteneur 40’MargeConservation
Riz (référence)~560 USD (2024), tombé à ~347 en sept. 202515 000 à 17 000 USD2 à 3 % de courtageLongue
Thon en conserve4 400 à 4 780 USD95 000 à 115 000 USD10 à 15 % en distribution ; 40 à 60 % en détailIllimitée
Nourriture animale3 010 à 3 200 USD70 000 à 90 000 USD28,5 % de marge brute (Thai Union 2024)Longue
Lait de coco1 280 à 3 340 USD30 000 à 70 000 USDPrime marque et marque distributeurLongue (UHT)
Amidon de tapioca525 USD~13 000 USDMinceLongue
Durian frais~5 300 USD (jusqu’à 10 830)50 000 à 150 000 USDBrute élevée, mais pertes de ~5 M THB par conteneur refuséTrès courte, froid obligatoire
Transformé à valeur ajoutéeVariableÉlevée19 à 30 %Longue

Le point structurel

La valeur par conteneur et la marge montent à mesure qu’on passe de la commodité brute au produit transformé, puis au produit de marque. Un conteneur de riz porte 15 000 dollars de marchandise avec 2 à 3 % de marge. Un conteneur de thon en conserve en porte 100 000, avec 10 à 15 %.

Les produits qui supportent une vente à crédit

Le profil idéal : forte valeur unitaire, conservation longue, demande stable, pas de chaîne du froid.

Le thon et les conserves de poisson cochent toutes les cases. Conservation illimitée, Halal, demande de base, forte valeur par conteneur.

La nourriture animale suit, mais sur une clientèle plus concentrée dans les pays développés.

Le riz supporte le crédit — la FAO documente que l’escompte d’effets avalisés est couramment utilisé en Afrique dans le négoce du riz, avec des banques prenant 15 à 25 % de marge sur les lignes de crédit acheteur. Mais l’écart de négoce y est si mince que tout repose sur l’écart de financement. La conserve de poisson offre les deux.

4. L’Afrique et le Moyen-Orient


L’Afrique ne représente que ~2,1 % des exports thaïs en valeur totale, mais dans l’alimentaire elle pèse bien plus lourd — et affiche les meilleures croissances du portefeuille thaï.

Le riz vers l’Afrique

L’Afrique a importé un record de 3 millions de tonnes de riz thaï en 2024, en hausse de 23,3 % — plus du double des 1,09 Mt de 2022. Cela représente 30 % des exports totaux de riz thaï, soit environ 60 milliards de bahts.

Les principaux marchés : Afrique du Sud (833 184 t), Sénégal (461 804 t), Côte d’Ivoire (310 839 t), Mozambique (287 125 t), Bénin (286 649 t) — ensemble plus de 70 %. En émergence : Angola, Togo, RD Congo, Congo, Ghana.

À noter : l’Afrique de l’Ouest privilégie le riz étuvé.

La conserve de poisson : la vraie histoire de croissance

Les chiffres

Les ventes de thon thaï en conserve ont progressé de 45 % vers l’Afrique et 42 % vers le Moyen-Orient en 2024 (Association thaïlandaise de l’industrie du thon).

La Libye et l’Égypte figurent désormais dans le top 5 des destinations du poisson transformé thaï. Le marché africain de l’import de conserves : Nigeria (194 M USD), Algérie (181 M USD), Égypte (135 M USD).

Les moteurs identifiés par les autorités thaïes : insécurité alimentaire, incertitude économique et politique (constitution de stocks), et montée de la demande Halal.

Ce qui voyage bien

Adapté à une distribution par entrepôt en climat chaudProduits
Excellent — conservation illimitée, résistant à la chaleur, sans froid, HalalThon en conserve, sardines et maquereau en conserve, fruits et légumes en conserve, riz, sucre, tapioca, lait de coco UHT, nouilles instantanées, sauces et pâtes de curry
Bon — stable, valeur élevéeNourriture animale, fruits séchés
Mauvais — chaîne du froid, périssableDurian et longane frais, poulet congelé, crevette

Un transit de 25 à 40 jours est sans conséquence pour une conserve.

Ce que la Thaïlande ne pousse pas en Afrique

Les sardines et le maquereau : une nuance importante

La demande africaine est massive et structurelle : le maquereau en conserve alimente les programmes de cantines scolaires de Lagos à Riyad. Le marché est dominé par le Maroc, qui détient environ 87 % des exports africains de sardine en conserve.

Mais la Thaïlande ne peut pas s’y attaquer, pour une raison de fond : elle n’a pas de pêcherie de sardines. Son propre maquereau court est passé de 147 853 tonnes pêchées en 2011 à 20 461 tonnes en 2018. Ses conserveries doivent importer le poisson, quand le Maroc le débarque devant l’usine.

Si le maquereau et la sardine sont le sujet, la bonne origine est le Maroc (Safi, Agadir), pas la Thaïlande. Les deux ne s’excluent pas : thon thaï, sardine marocaine.

Deux autres espaces sous-exploités : la nourriture animale vers les marchés urbains africains et du Golfe (les exportateurs thaïs se concentrent sur les États-Unis, le Japon et l’Europe), et le lait de coco UHT et les pâtes de curry pour la classe moyenne urbaine africaine et du Golfe.

Le Halal

Les exports alimentaires thaïs vers les 57 pays de l’Organisation de la coopération islamique ont atteint 7,13 milliards de dollars en 2024, en hausse de 6,3 %. La Thaïlande est le 10ᵉ fournisseur alimentaire de ce bloc. Produits clés : riz, thon en conserve, sucre, nourriture animale, assaisonnements.

5. Ce qui bat le riz, ce qui est un piège


CatégorieCroissanceMargeValeur / conteneurLogistiqueVerdict
Nourriture animaleForteTrès forteÉlevéeSimpleBat le riz
Thon en conserveForteCorrecteTrès élevéeTrès simpleBat le riz
Sardines / maquereauForte (demande)CorrecteÉlevéeTrès simpleBon produit, mauvaise origine — le Maroc domine
Sauces, curry, lait de cocoBonneForteMoyenneSimpleBat le riz
Volaille transforméeMoyenneMoyenneMoyenneFroidComparable ; tenu par les géants
SucreFaibleFaibleFaibleSimpleComparable au riz
Riz (référence)FaibleTrès faibleFaibleSimpleRéférence
Manioc / tapiocaFaibleTrès faibleFaibleSimplePiège (captif Chine)
Durian fraisMoyenneBrute élevée, pertes élevéesTrès élevéeFroid, fragilePiège
CrevetteEn chuteFaibleMoyenneFroidPiège

Le riz, en tant que référence, mérite un mot

Le record de 2024 tenait à l’interdiction d’exporter indienne, qui a été levée depuis. Les exports thaïs ont chuté de 17,5 % en janvier 2026 (530 287 t contre 643 144 t), avec une valeur en baht en recul de 30,7 %. Le président de l’association des exportateurs rappelle que chaque baht d’appréciation ajoute 12 à 15 dollars la tonne à une origine déjà la plus chère du marché. Le baht proche de 31 pour un dollar début 2026 étrangle la compétitivité.

6. Où la Thaïlande a un vrai avantage


Avantage durable, difficile à copier

Simplement une origine chère, comme sur le riz

Les deux seuils à surveiller

Un accord de libre-échange Thaïlande-UE (visé pour 2025-26) améliorerait nettement la volaille, l’alimentaire transformé et peut-être la crevette vers l’Europe. L’accord AELE-Thaïlande a déjà été signé le 23 janvier 2025.

Le baht. Au-dessus de 35 pour un dollar, la compétitivité du riz et des commodités revient. À 31, comme début 2026, elle est morte.

Le droit de douane américain de 19 % (depuis août 2025) touche la nourriture animale, les produits de la mer et l’alimentaire transformé vers les États-Unis. Il ne touche pas l’Afrique, le Moyen-Orient ni l’Asie.

7. Sources et réserves


Sources

USDA FAS (rapports GAIN Thaïlande), Bureau de la politique et de la stratégie commerciales (TPSO), Département du commerce extérieur, douanes thaïlandaises, FAO, ITC Trade Map, associations professionnelles (Thai Tuna Industry Association, Thai Food Processors, Thai Rice Exporters Association), résultats publiés de Thai Union, presse spécialisée.

Réserves